Eloge de l'autre.

Eloge de l'autre.


Incongrue, une voix surgie d'un recoin de ma tête m'a susurré des paroles délicates. Légèreté et pureté étaient ses promesses, "Arrête d'avaler, idiote, garde tes lèvres bien closes, je te ferai voler". Je l'ai suivie, cette voix, jusqu'à un idéal fait d'os blancs et d'un peu de peau. J'ai voulu disparaître parce qu'exister, c'est toujours prendre trop de place. Squelette en apesanteur, j'étais puissante. Surhomme, surmoi avide de vide.

Euphorie du Néant. Jouissance du Rien. Je ne marchais plus, je flottais. Droguée de la faim. Avec mes côtes à fleur de peau et mes joues creuses, je me rapprochais de la perfection. L'esprit entraînait le corps dans l'ivresse de la métamorphose. Je n'étais plus sans être quelqu'un d'autre : l'Absolu et le Néant mêlés.

A présent, le vide me tord, le vide me mord. Se remplir et puis vomir. Je suis l'incarnation du ça. La saleté suinte sur ma peau ; le dégoût ne me quitte plus. Et ce miroir traître qui me renvoie une image que je ne comprends pas.

Moi n'existe pas entre ces extrêmes. Double je. Double jeu. De deux névroses, je choisis celle qui amoindrit. Je reviendrai vers toi, anorexie, et ton alléchante promesse d'abnégation de l'être. L'esprit et le corps se réconcilieront dans la faiblesse, les émotions s'annihileront dans cette chute. Je deviendrais à nouveau un idéal de transparence.



Texte que j'ai écrit il y a plus d'un an. Et il représente toujours la part la plus obscur de moi.

# Posted on Saturday, 02 May 2009 at 10:09 AM

Edited on Tuesday, 09 June 2009 at 12:16 PM

Nietzche disait que l'homme est comparable à un arbre : plus il veut s'élever vers le haut, la clarté et la pureté, plus ses racines s'enfoncent dans la terre, les ténèbres, le mal.

Nietzche disait que l'homme est comparable à un arbre : plus il veut s'élever vers le haut, la clarté et la pureté, plus ses racines s'enfoncent dans la terre, les ténèbres, le mal.


Je suis A., 19 ans.
En deuxième année en histoire de l'art.
1m62, objectif : 45 kg maximum.
Poids le plus haut : 55 kg.
Poids actuel : 50 environ.
J'ai des TCA depuis 6 ans.



# Posted on Friday, 28 November 2008 at 8:54 AM

Edited on Sunday, 03 January 2010 at 3:57 PM

Envie de maigrir à s'en tordre l'âme.

Envie de maigrir à s'en tordre l'âme.



Ex- Downisthenew-Up, Show-Your-Bones, Hollows-And-Spaces.



On m'a laissée avoir un IMC de 12 sans m'hospitaliser. On m'a laissé me lever à 6h du matin et me coucher à 23h chaque jour pour faire du sport, malgré ma faiblesse. On a laissé mon taux de potassium descendre jusqu'à la limite en-dessous de laquelle cette carence devenait mortelle. On m'a confiée à un médecin généraliste dont j'étais le premier cas d'anorexie mentale. On m'a confiée à une psychologue qui me crachait à la figure "Tout est de TA faute" à chaque scéance. On m'a laissée bousiller ma croissance. On a laissé mes cheveux tomber par poignées. On m'a laissée des nuits entières sans dormir parce que la faim me tiraillait le ventre. On m'a laissée mentir un nombre incalculable de fois. "Tout va bien, pas de soucis". On m'a laissée croire que toute cette merde n'était qu'un caprice de gamine. Et puis après, on m'a laissé reprendre tout le poids perdu et plus sans me faire suivre par un nutritionniste, ni aucun autre docteur ou psychologue. Parce qu'on pensait qu'une prise de poids était équivalente à la guérison. On m'a enfoncée dns ma haine envers moi-même en me disant que je devenais grosse et sans volonté. On m'a laissée, pendant trois ans ne manger qu'une pomme à midi et n'importe quoi le soir. On m'a laissée complexer au point que je me cache toujours en-dessous de pulls larges, de vestes ou d'écharpes et que je ne me mette jamais en maillot ou en t-shirt. On m'a laissée me détester au point de mépriser ou de ne pas comprendre les gens qui m'aimaient. On m'a laissée croire que je n'étais qu'un gros tas inutile. On m'a laissée fuir mon reflet méthodiquement, sans considérer ça anormal. On m'a laissée alterner jeûnes, régimes draconiens, crises et vomissements sans aucune limite. On m'a laissée gâcher plus de 5 ans de ma vie à penser à la bouffe. On m'a laissée me détruire. On m'a laissée crever à petites doses.


Je me vengerai.



# Posted on Friday, 28 November 2008 at 8:49 AM

Edited on Tuesday, 09 June 2009 at 5:46 PM