Incongrue, une voix surgie d'un recoin de ma tête m'a susurré des paroles délicates. Légèreté et pureté étaient ses promesses, "Arrête d'avaler, idiote, garde tes lèvres bien closes, je te ferai voler". Je l'ai suivie, cette voix, jusqu'à un idéal fait d'os blancs et d'un peu de peau. J'ai voulu disparaître parce qu'exister, c'est toujours prendre trop de place. Squelette en apesanteur, j'étais puissante. Surhomme, surmoi avide de vide.
Euphorie du Néant. Jouissance du Rien. Je ne marchais plus, je flottais. Droguée de la faim. Avec mes côtes à fleur de peau et mes joues creuses, je me rapprochais de la perfection. L'esprit entraînait le corps dans l'ivresse de la métamorphose. Je n'étais plus sans être quelqu'un d'autre : l'Absolu et le Néant mêlés.
A présent, le vide me tord, le vide me mord. Se remplir et puis vomir. Je suis l'incarnation du ça. La saleté suinte sur ma peau ; le dégoût ne me quitte plus. Et ce miroir traître qui me renvoie une image que je ne comprends pas.
Moi n'existe pas entre ces extrêmes. Double je. Double jeu. De deux névroses, je choisis celle qui amoindrit. Je reviendrai vers toi, anorexie, et ton alléchante promesse d'abnégation de l'être. L'esprit et le corps se réconcilieront dans la faiblesse, les émotions s'annihileront dans cette chute. Je deviendrais à nouveau un idéal de transparence.
Texte que j'ai écrit il y a plus d'un an. Et il représente toujours la part la plus obscur de moi.
